Simon @ Kaléi

Apr 25

Durban 2 à l’heure du bilan

ANALYSE. C’EST HIER QUE LA CONFERENCE D’EXAMEN DE DURBAN SUR LE RACISME S’EST CLOSE DANS UNE ATMOSPHERE RESOLUMENT TEINTEE D’AUTOSATISFACTION. MAIS A L’HEURE DU BILAN, LE CONSTAT EST PLUS MITIGE.

Si le discours enflammé de Mahmoud Ahmadinejad représente sans aucun doute un moment fort de cette conférence, personne ne peut raisonnablement parler de surprise. Tout comme les coups de forces d’organisations pro-israéliennes, largement relayées ou l’absence de plusieurs états, la diatribe anti-occidentale et anti-israélienne du président iranien était attendue dès l’annonce de sa venue, deux semaines plus tôt.

« Il y a clairement un effet Obama, dans la conférence »

La surprise réside davantage dans l’adoption rapide du texte final, dès le second jour de la conférence, à l’unanimité des 182 états présents. « S’il y a un événement, c’est le texte. Il est bien meilleur que toutes les résolutions adoptées par le Conseil des Droits de l’Homme ces dernières années sur le racisme » souligne Adrien-Claude Zoller. Et le directeur de Genève pour les Droits Humains de remarquer « Il y a clairement un effet Obama, dans la conférence. On aurait jamais pu obtenir un consensus si large si on avait pu diaboliser les Etats-Unis. On pouvait dire que Bush était un vulgaire raciste  et c’était assez vrai. On peut difficilement accuser Obama de racisme. »

Malgré ce constat réjouissant, la liste des perdants de Durban 2 est longue. Elle commence par tous les groupes de victimes du racisme qui n’apparaissent pas dans le document final. Les intouchables indiens, mais surtout les homosexuels comptent parmi ces victimes de la realpolitik. Ceux-ci ont notamment servi de monnaie d’échange pour les occidentaux permettant l’abandon par le groupe des pays arabo-musulmans de la mention de diffamation des religions, une notion considérée comme un péril pour la liberté d’expression.

« C’est finalement Mahmoud Ahmadinejad qui s’affirme comme héro de la rue arabe »

Le groupe des pays arabes, et plus largement celui de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), doivent aussi se sentir un peu  groggy au moment des comptes. Ils avaient consenti à de réels sacrifices lors des négociations, en particulier sur le fait de ne pas mentionner le conflit israélo-palestinien. Et c’est finalement Mahmoud Ahmadinejad, grâce à son discours virulent à l’égard du « régime sioniste », qui s’affirme comme héro de la rue arabe.

Du départ précoce de l’Italie à la défection tchèque de lundi soir, les pays de l’Union Européenne n’ont, quant à eux, pas manqué cette nouvelle occasion qui s’offrait de montrer leur désunion en matière de politique étrangère. Cette cacophonie est d’autant plus surprenante que c’est dans le cadre du Conseil des Droits de l’Homme que ces mêmes pays européens avaient su faire le plus preuve d’unité.

Cette discordance manifeste ne doit toutefois pas éclipser un vrai succès diplomatique. Les « lignes rouges » fixées par les pays occidentaux n’ont pas été franchies. Les mentions d’Israël ou de diffamation des religions n’ont ainsi pas trouvé de place dans la déclaration finale.

« La conférence s’est close dans un concert d’autocongratulations »

La conférence de 2001 à Durban, en Afrique du Sud, avait été le triste théâtre d’une inflation victimaire et de sérieux dérapages antisémites. En comparaison, la conférence de cette semaine représente sans conteste un grand succès. Et c’est d’ailleurs sans surprise que la conférence s’est close dans un concert d’autocongratulations.

Cité par Swissinfo, Dante Martinelli, le chef de la délégation suisse se félicite de voir que «la Genève internationale a confirmé sa qualité comme lieu de réunion même pour des rencontres difficiles et controversées ». Navy Pillay, sans surprise, « considère que la conférence a été un succès ». Mais la Haut Commissaire aux Droits de l’Homme a aussi profité de cette dernière journée pour dénoncer « une vaste campagne de désinformation savamment orchestrée » visant à faire passer la conférence pour « un échec et un festival de la haine. »

Certains voient déjà les nuages s’amasser au loin. Pour Adrien-Claude Zoller « Après la conférence, contrairement à ce que l’on peut penser, tous ces sujets là vont se durcir. Parce que la négociation a marqué un durcissement de toutes ces positions dans les coulisses. Le groupe des pays arabes, par exemple, a dû « avaler la pilule » et dans deux ou trois mois, il va y avoir des confrontations sur la Palestine. Je suis convaincu que là, ça va mal tourner. »

Simon (voir sa page)


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