Comme une odeur de souffre
Après la débâcle sévèrement critiquée de la conférence de Durban contre le racisme en 2001, la Suisse s’apprête à accueillir, entre le 20 et le 24 avril, à Genève une conférence d’examen qui reste encore entourée de nombreuses inconnues.
C’est la conférence de tous les dangers. « Durban 2 » ce nom qui résonne comme un titre de mauvais film est chaque jour brandi par les plus farouches opposants à la rencontre qui aura lieu du 20 au 24 avril au Palais des Nations à Genève. Mais d’autre voix s’élèvent aussitôt pour défendre coûte que coûte cet exemple de multilatéralisme au service d’un idéal humaniste. Dans cette cacophonie, quelques acteurs de poids soufflent le chaud et le froid, à l’image des Etats-Unis qui alternent entre intransigeance et coopération, au gré des semaines. Et c’est en Suisse que se dénouera cette saga diplomatique.

Pays clé dans l’établissement du nouveau Conseil des Droits de l’Homme, la Suisse a de quoi se réjouir de son statut de pays hôte. Après la rencontre Clinton-Lavrov, au début du mois, dans la cité du bout du lac, ce nouvel événement diplomatique ne manquera pas de réaffirmer le rôle de facilitateur qu’a la Suisse sur la scène internationale.
Mais le jeu en vaut-il la chandelle? Certes le dernier projet de déclaration finale a réussi à rassembler un consensus, à même d’éviter le scénario du pire. Mais les risques sont nombreux et les nuages s’accumulent sur le Palais des Nations. À commencer par le contexte. En 2001 la conférence se tenait sur fond de deuxième Intifada. Aujourd’hui, les esprits sont encore marqués par les puissantes images de tires de roquettes du Hamas et de l’opération Plomb durci, menée par l’armée israélienne à Gaza. Les opinions publiques arabo-musulmanes sont autant de réelles pressions sur leurs gouvernements. Une escalade anti-israélienne durant la conférence n’est dès lors pas exclue et pourrait rapidement mener à un échec, très négatif pour l’image de la Suisse. Ce risque n’a d’ailleurs pas échappé à Micheline Calmy-Rey. La ministre des affaires étrangères le rappelait tout récemment au Club suisse de la presse : « Il est important que le nom de Genève ne soit pas associé à un échec. »
Les plus grands dérapages, en 2001, ont été le fait d’organisations non gouvernementales rassemblées en marge de la conférence. Des discours haineux, racistes et antisémites ont occulté les efforts de lutte contre le racisme. C’est donc à ce niveau que l’attention sera concentrée cette année, notamment le 18 avril lors de la grande manifestation rassemblant nombre d’organisations. « À Genève, les ONG sont associées au processus, contrairement à Durban où elles ont tenu leur propre conférence en marge du sommet officiel» note Muriel Berset, interrogée par l’agence InfoSud. Et la diplomate suisse en charge des droits de l’homme d’ajouter : « Il y aura aussi un important dispositif de sécurité, car nous ne voulons pas assister à des débordements racistes ou antisémites tels qu’on a pu le voir à Durban».

Le risque ne se résume cependant pas pour la Suisse à l’issue de l’événement diplomatique. Le pays est aussi partie prenante à la conférence et signataire de la première déclaration de 2001. À ce titre, des critiques pourraient se faire jour pointant du doigt les dérives racistes dont souffrirait la société helvétique. Pensons notamment aux tollés successifs suscités par les récentes campagnes de UDC. La dernière en date, l’initiative « contre la construction de minarets », en est un bon exemple. Oskar Freysinger (UDC/VS), membre du comité d’initiative, se soucie guère des réactions hostiles de l’étranger et affirme même avoir reçu de bon échos, notamment des USA. Pour lui, le dernier projet de déclaration final « n’est qu’un un exercice de style machiavélique truffé d’euphémismes. » Et le politicien d’ajouter : « Je ne crois pas du tout à cette conférence et reste convaincu que la Suisse devrait se retirer. »
[Photo Flickr de mairabc, myblackboxrocks]











